Les lois somptuaires

Les lois somptuaires étaient destinées à contenir dans les limites jugées raisonnables le train de vie des citoyens ou des sujets. Elles ont été en usage dès l'antiquité dans les villes grecques et à Rome et témoignent de la mentalité d'une société à un moment de son Histoire.


Outre la table, ces lois réglementaient la façon de se vêtir.



3 raisons essentielles pouvaient inspirer ces règles:

- Une préoccupation morale et religieuse afin de préserver les hommes de la corruption, de la luxure et de maintenir une certaine modestie inséparable de la vertu.

- Un motif économique qui était souvent la nécessité d'empêcher l'évasion de la monnaie par des importations de produits de luxe considérés comme improductifs.

- Et enfin, le désir de maintenir la hiérarchie sociale existante.



A l'occasion des croisades (de 1095 à 1270), l'expansion des échanges internationaux, l'amélioration des techniques et la formation d'importantes industries en France contribuèrent à la naissance d'un capitalisme nouveau, source de luxe vestimentaire.


Tout naturellement, les bourgeois riches cherchèrent à imiter les seigneurs. Cette concurrence dans le luxe amena peu à peu la noblesse à réclamer à la fin du XIIIè siècle, des ordonnances somptuaires. On chercha ainsi à maintenir par le costume une distinction sociale.


Certaines couleurs ou formes, certains ornements furent interdits à la bourgeoisie. Par exemple en France, interdiction fut faite en 1274 de porter dans la rue certaines fourrures, des vêtements de pourpre et de soie, des garnitures de luxe.


Il fut même tenté de proportionner les dépenses vestimentaires aux ressources!



Voilà la théorie, dans la pratique, les lois somptuaires n'ont jamais été appliquées que très mollement et fort peu observées. Les bourgeois préféraient le plus souvent payer des amendes plutôt que de se plier aux interdits !


L'étude du commerce des fourrures et des comptes royaux montre que les ordonnances somptuaires n'étaient pas respectées à la cour même, où il n'était pas rare de trouver de l'hermine ou de la zibeline sur d'autres personnes que les princes ou les rois auxquels elle était supposé réservée.


En Europe, les lois somptuaires déclinèrent au XVIIIè siècle.



Voici quelques exemples de caractéristiques vestimentaires qui selon l'époque et la région sont tombées sous le coup de ces lois:


- La longueur des traines (on marquait son rang par la longueur de celle-ci)


- La profondeur des décolletés


- La quantité de franges, de gallons, de pierreries...


- L'usage des broderies et des dentelles


- Le port de certaines fourrures (celle du vair était réservée à la noblesse. Rappelons que le vair était la fourrure issue du petit-gris, une espèce d'écureuil)


- L'utilisation de certaines étoffes (le velours et le damas étant réservés à la noblesse, la soie interdite aux gens de métier et à ceux de la campagne)


- La couleur des étoffes (certaines étant interdites et d'autres obligatoires à telle ou telle catégorie sociale). Un billet plus complet est réservé à l'usage des couleurs et à leur symbolique


- La hauteur des coiffes, de la fraise...


- La longueur des poulaines (maximum 6 pouces pour les paysans, 12 pouces pour les bourgeois et 24 pour les seigneurs. Précisons qu'une telle longueur nécessitait qu'on l'attachât aux genoux à l'aide d'une fine chaine! )

" ...s'introduisit l'usage des souliers à la poulaine, qui étoient une espece de chaussure fort longue, & qui occasionnoit beaucoup de superfluités. L'église cria beaucoup contre cette mode; elle fut même défendue par deux conciles, l'un tenu à Paris en 1212, l'autre à Angers en 1365, & enfin abolie par des lettres de Charles V. en 1368."



Voici aussi quelques extraits (traduits) de lois et ordonnances:


* En 808, ordonnance sous Charlemagne

" Défense à toutes personnes de vendre ou acheter le meilleur sayon ou robe de dessous, plus cher que 20 sols pour le double, 10 sols pour le simple, & les autres à proportion, & le rochet qui étoit la robe de dessus, étant fourré de martre ou de loutre, 30 sols, & de peau de chat, 10 sols, le tout sous peine de 40 sols d'amende."


* En 1294, Les lois somptuaires sous le règne de Philippe le Bel

"Défense est faite aux bourgeois d'avoir des chars, & à tous bourgeois de porter aucune fourrure, or, ni pierres précieuses, & aux clercs de porter fourrure ailleurs qu'à leur chaperon à moins qu'ils ne fussent constitués en dignité.

La quantité d'habits que chacun pouvoit avoir par an, est réglé par cette ordonnance; sçavoir, pour les ducs, comtes, barons, de 6000 livres de rente, & leurs femmes, quatre robes; les prélats, deux robes, & une à leurs compagnons, & deux chapes par an; les chevaliers de 3000 livres de rente, & les bannerets, trois paires de robes par an, y compris une robe pour l'été, & les autres perlonnes à proportion.

Il est défendu aux bourgeois, & même aux écuyers & aux clercs, s'ils ne sont constitués en dignité, de brûler des torches de cire."...




Sources :

* Actualités de l'Histoire de l'école des Chartes - Extraits

* Boris Bove - "L'image de soi dans le jeu des normes sociales au XIIIè t XIVè siècles d'après le cas de la bourgeoisie parisienne."

* Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers

* Encyclopédie Universalis


Revenir à la liste
Catégorie(s) :
Mot(s) clé(s) :

1 commentaire

  • 1. Écrit par potcra mer 22 mai 2013, 18:05

    Ca parait incroyable !

Laissez un commentaire

Saisie du commentaire

 

Votre coffre est vide

Suivez nous sur